livres

 
 

 

2012

 

Avant l'histoire : l'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac

 

Paris : Gallimard, 549 p..

 

 

Date de parution : novembre 2012

EAN : 9782070131846 - ISBN : 207013184X

 

lire :

le chapitre 2

la table des matières

 


lire :

le chapitre 2

la table des matières

 

Avant l'histoire : l'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac

___________________________________

Ce qui m’a peut-être le plus étonné lors de la rédaction de ce nouveau livre, a été que, presqu’à chaque tournant, un article ou un livre que j’avais publié il y a vingt ans, voire trente, me fournissait l’argument ou les données dont j’avais besoin. C’était comme si j’avais porté ce livre en moi depuis tout ce temps.

L’auteur, lettre à un ami (août 2011)

___________________________________

Le dernier ouvrage d’Alain Testart sur l’évolution des sociétés représente assurément un livre majeur dont l’ampleur et la profondeur de vue en font l’égal des meilleures références en la matière. A vrai dire, nous pensons qu’il y aura un avant et un après Testart, tant il renouvelle le sujet. Loin des reconstitutions spéculatives, l’investigation est menée avec toute la rigueur scientifique dont cet auteur nous a désormais habitué dans ses ouvrages. Puisant à bonnes sources, mobilisant les résultats accumulés au cours de toute une vie de recherche, discutant de façon serrée chacune des hypothèses proposées ou réfutées, Alain Testart nous donne à penser une reconstitution possible de l’évolution des sociétés depuis le paléolithique supérieur jusqu’à la révolution néolithique. Tout en respectant les impératifs d’un ouvrage à teneur scientifique, il est néanmoins écrit d’une plume alerte avec le souci de s’adresser au plus grand nombre. A lire en priorité par toute personne intéressée par ce sujet passionnant.

Roelandts Marcel, Econosphère

___________________________________

L’ethnologie et l’archéologie qu’Alain Testart nous invite à revisiter dans son nouveau livre Avant l’histoire, nous donne à voir l’incroyable diversité du monde. Que nous apprend-elle de l’évolution des sociétés ? Pendant longtemps on a cru que les sociétés préhistoriques étaient égalitaires. La question est loin d’être simple, car il faudrait d’abord répondre à la question suivante : quand et pourquoi apparaît la richesse ?

Alain Testart propose un changement radical et novateur de paradigme et donne un nouveau relief aux données archéologiques et historiques. La richesse dans les sociétés primitives sert en premier lieu à payer pour les femmes. Elle est donc apparue quand les beaux-pères ont accepté de laisser partir leurs filles contre des biens, en lieu et place des prestations en services dues par les gendres, pratiques caractéristiques des chasseurs-cueilleurs nomades.

Cette découverte est géniale, l’une des nombreuses idées fulgurantes que Testart développe dans son livre, permet de comprendre pourquoi l’on ne trouve que des traces indirectes de la richesse, et pourquoi elle n’est pas directement liée à l’adoption de l’agriculture comme on l’a longtemps cru.

Geoffroy de Saulieu, à paraître dans Pour la science

___________________________________

(23/11/2012)

Nos ancêtres les démocrates. "Avant l'histoire", d'Alain Testart

Il faut ouvrir Avant l'histoire comme un "tableau de la société humaine" tel que Rousseau qualifiait son propos dans Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité entre les hommes (1755). D'ailleurs, cet ouvrage d'anthropologie, qui fascine par son ampleur, aurait pu s'intituler tantôt "Discours sur l'origine de la richesse et de la pauvreté", tantôt "Discours sur l'origine de l'agriculture", ou encore "Discours sur les sciences et les arts".

Armé de sa folle érudition, qui n'exclut pas une part reconnue d'"intuition", Alain Testart brosse une fresque d'une remarquable audace, proposant rien de moins que saisir "le sens global de l'évolution" - depuis des sociétés sans richesse jusqu'à des sociétés structurées par la "propriété fundiaire", où travailler une terre ne suffit pas à s'en assurer la possession. A ses yeux, l'histoire a un sens, et le dire, ce n'est pas suggérer que la forme contemporaine des sociétés serait supérieure à celles qui l'ont précédée - tout laisse croire que les sociétés du paléolithique étaient socialement plus complexes que les nôtres ! -, mais prendre acte du fait qu'"à l'origine, tous étaient chasseurs" et que s'est inventé par la suite un mode de vie agricole, même si tous les peuples ne l'ont pas adopté. Avant l'histoire retrace cet ordre de succession, non nécessaire mais irréversible.

On y reçoit d'étonnantes révélations. La misère, par exemple, serait une calamité d'invention récente. Elle naît, selon Alain Testart, lorsque les terres deviennent des biens comme les autres que l'on peut vendre et acheter, et qu'ainsi des hommes se trouvent privés de leur moyen de production. Auparavant, dès lors qu'il suffisait de travailler son champ pour s'assurer la propriété de son lopin, personne ne souffrait de la faim. Les miséreux apparurent probablement juste avant l'Antiquité classique ; la plèbe de Rome, formée d'anciens paysans expropriés, désœuvrés, ce sont eux ; eux aussi, ces millions de gueux venus vers les villes "grossir une classe ouvrière ravagée par le chômage".

Mais n'allons pas conclure à un âge d'or pour autant, à une quelconque "condition primitive", comme disait Rousseau, qui pourrait nous inspirer de la nostalgie. Les sociétés du paléolithique supérieur (35000-10000 ans av. J.-C.) reposaient sur de criantes inégalités, loin de l'idéal de "communisme primitif" avec lequel on a voulu les confondre. Par exemple, posséder plusieurs épouses ou n'en posséder aucune pouvait représenter une considérable différence : l'un ira chaque jour chercher sa pitance, quand l'autre sera approvisionné en produits de cueillette ; s'il se consacre aux choses de la religion, il aura tout loisir de devenir "influent et redouté". Et encore, ces formes de domination-là n'en devinrent-elles que plus évidentes avec "l'invention de la richesse", qu'on date, en gros, du néolithique (vers 10000-2000 av. J.-C.). Là se départagent les riches et les pauvres - quand il faudra attendre longtemps encore avant que ne s'abattent sur les hommes les deux maux symétriques que sont, aux yeux des moralistes, le luxe et la misère.

Cet évolutionnisme tel qu'il le conçoit, Alain Testart le défend depuis longtemps au sein d'une discipline où le mot sert souvent de repoussoir. A rebours de l'époque, le directeur de recherche émérite du CNRS se permet un coup de chapeau aux savants du XIXe siècle comme l'Américain Lewis H. Morgan, le Français Fustel de Coulanges ou le Britannique Henry Sumner Maine pour avoir eu, en leur temps, la "grandeur de penser une évolution globale de l'humanité". C'est cette ambition qu'il reprend dans Avant l'histoire, mais en la fondant cette fois sur les données archéologiques.

"ASSEMBLÉES POPULAIRES"

Le livre converge vers un ultime chapitre, le plus risqué, le plus stimulant, où Alain Testart essaie de restituer les organisations politiques, sans doute l'exercice le plus "périlleux" tant ces dernières se laissent peu percevoir dans les fouilles ou les ruines. Mais la prudence n'éteint pas la flamme de l'anthropologue dont la sagacité s'exerce cette fois sur notre continent : nulle part ailleurs, en dehors de l'époque contemporaine, on ne rencontre "dans une même tranche de temps autant de peuples différents et qui tous mettent en scène des assemblées populaires". Cette tradition démocratique puiserait-elle ses origines dans les temps les plus reculés, ce qui en expliquerait la permanence ? Rien ne s'y oppose. Des traces archéologiques permettent d'envisager qu'au Rubané (5500-4800 av. J.-C.), quand l'Europe tempérée était sans doute cannibale, le peuple se rassemblait (déjà) et participait aux décisions collectives. C'est un fond ancien, en quelque sorte, qui expliquerait la tonalité démocratique persistante de l'Europe, "aventure unique au monde". L'hypothèse qui clôt cette époustouflante entreprise intellectuelle pourrait ainsi se fondre dans un "Discours sur les origines de la démocratie". Jurés de l'académie de Dijon, voilà un candidat sérieux !

Julie Clarini

___________________________________

2013 (143)

LE DERNIER livre publié d'Alain Testart, Avant l'histoire, l'évolution des sociétés de Lascaux à Carnac, représente Ie couronnement remarquable du long parcours de recherche de l'anthropologue. Il a un triple intérêt. Il s'agit d'abord d'une contribution épistémologique significative à la manière dont peuvent être interprétées les sociétés du paléolithique d'une part à partir des données archéologiques dont nous disposons, et, d'autre part, à partir des données ethnographiques qui concernent des sociétés très différentes de celles-ci, les sociétés de chasseurs-cueilleurs (dites subactuelles) rencontrées par les ethnologues de la fin du XIXe siècle.

C'est ensuite une réflexion théorique sur le principe d'évolution en histoire, qui essaie de réhabiliter une notion désormais largement rejetée en anthropologie, en la présentant sous un jour très différent de celui des évolutionnistes du XIXe siècle.

C'est enfin un panorama des caractéristiques et structures des sociétés du paléolithique, mais aussi  des sociétés de chasseurs-cueilleurs subactuelles, qui conduit Testart à présenter, et c'est l'essentiel du livre, des hypothèses nouvelles sur l'origine de l'agriculture mais aussi sur révolution des caractéristiques sociales de ces sociétés, du point de vue de la nature de leur richesse, du régime de propriété et des inégalités. Testart développe ainsi une théorie sociologique générale originale et très instructive : il plaide d'ailleurs pour une division du travail entre chercheurs de terrain et théoriciens de la vie sociale en anthropologie, considérant que les deux sont indispensables, sans qu'il soit nécessaire que les mêmes personnes se livrent aux deux activités simultanément.

Par Pierre Demeulenaere, Professeur de sociologie à l’Université Paris-Sorbonne

 ___________________________________

 

Revue d’anthropologie et d’histoire des arts, n°20 - 2014,

« D’aujourd’hui à avant-hier. Un évolutionnisme bien tempéré »,

par Gérard Lenclud, anthropologue, CNRS.

lire l'article

___________________________________ 

 

Revue française d'anthropologie, 2014 (212)

 

Au terme de la lecture de Avant l’histoire, j’aimerais souligner à quel point cet ouvrage stimule la réflexion : que l’on suive ou non son auteur dans ses raisonnements et ses hypothèses, il offre un véritable carburant intellectuel aux archéologues et aux anthropologues sociaux intéressés par le passé lointain, un cadre d’analyse pour l’évolution des sociétés complètement renouvelé, enfin affranchi du néo-évolutionnisme américain qui lui servait jusque-là de support. Il nous appartient maintenant d’exploiter toutes les nouvelles perspectives  que ce livre a ouvertes.  

Par Bruno Boulestin, archéologue à l’Université de Bordeaux

___________________________________ 

(6 décembre 2012 – n° 2509)

Les débats de l’Obs

 Un entretien avec Alain Testart

Le Nouvel Observateur : Entre -40000 et -10000 ans (très approximativement entre l’invention de l’art et celle de l’agriculture l'écriture), l’homme préhistorique connait une extraordinaire période de stabilité : une civilisation qui a duré trente millénaires ! Et dont vous bouleversez la vision.

Alain Testart : Les sociétés paléolithiques ont été (surtout par l’archéologie américaine) de plus en plus considérées comme des regroupements limités, dépourvus de technologies avancées - dont l’agriculture -, et survivant dans des environnements difficiles. Cette approche « écologique » débouche sur l’idée de sociétés simples. Tout n’est pas faux dans cette vision… sauf justement que ces sociétés auraient été « simples » ! Déjà l’ethnologie jette un doute : il suffit d’évoquer la formidable complexité des systèmes de parenté chez certains chasseurs-cueilleurs, comme les Aborigènes d’Australie. Mais surtout, l’art des cavernes suggère que ces sociétés paléolithiques devaient être puissamment réglementées. Sur des milliers d’œuvres, on est frappé de constater que, malgré le réalisme des représentations, les animaux sont toujours coupés de leur milieu. Le sol n’est souvent que suggéré, et il n’y a jamais d’interaction entre les différentes espèces cataloguées. Les mammouths défilent tranquillement à côté des chevaux, qui se préoccupent très peu des pachydermes. On ne voit jamais de lions, d’ours ou de loups s’abattant sur leur proie. En réalité, à travers les diverses espèces figurées, et sagement classées, ces représentations animales nous parlent des hommes… exactement comme La Fontaine dans ses fables. La classification des espèces sous-tendant des catégories sociales, c’est ce que, en ethnologie, on appelle le totémisme. Telle est l’hypothèse majeure que je lis sur l’art pariétal. Elle implique qu’un homme du totem loup ne fasse pas la même chose qu’un autre du totem cheval. Voilà donc un type de société qui n’est pas du tout simple, mais au contraire très organisé – dans lequel par exemple on ne pouvait probablement pas se marier avec n’importe qui…

Cette hypothèse permet-elle d’éclaircir d’autres aspects du Paléolithique ?

Le crois bien que oui. Mais il faut alors introduire une distinction entre deux types de chasseurs-cueilleurs actuels, entre les Aborigènes australiens et d’autres, comme par exemple les San ou les Inuits. Chez les premiers, le résultat de la chasse est accaparé par les proches (comme le père de l’épouse, son frère, etc.) Dans l’autre, le chasseur – ou l’individu défini comme tel selon des règles complexes… – s’en approprie l’essentiel pour le distribuer comme bon lui semble. Une des conséquences de la première forme de distribution (celle des Aborigènes et des Paléolithiques supposés structurés en groupes totémiques), est que le chasseur a peu d’intérêt personnel à développer la production. Et c’est ainsi que l’on voit, pendant tout le Paléolithique supérieur, un nombre extrêmement réduit d’inventions – par comparaison avec l’ « explosion technologique » qui marquera la fin du Pléistocène. Ceci vaut pour les Aborigènes et pour le Paléolithique supérieur. Si l’on admet ces hypothèses (ici grandement résumées), on comprendra aussi que les structures sociales expliquent le faible développement de la production.

Ces sociétés, « technologiquement » bloquées par leurs rigidités sociales, n’étaient pourtant pas dépourvues d’imagination et d’inventivité. Dans votre livre, vous avancez le concept tout nouveau d’ «invention virtuelle ».

On ne sait pas si c’était pour amuser les enfants ou dans un autre but, mais voici environ 4000 ans, en Amérique centrale, les Zapotèques ont fabriqué de tout petits véhicules (inutiles) munis de quatre roues. Ils n’ont pour autant jamais eu l’idée d’utiliser la roue à plus grande échelle, pour en faire des chariots. C’est ce que j’appelle une invention virtuelle. De même, dans plusieurs civilisations paléolithiques, on a fabriqué des figurines en terre cuite – ce qui témoigne de la maîtrise de la céramique, avec ses fours de cuissons – bien avant de songer à s’en servir pour fabriquer des récipients et autres poteries de cuisine. La domestication du chien, la première de toute, peut elle-aussi être considérée comme une « invention virtuelle » : on s’est servi du chien comme d’un simple animal d’agrément, bien avant de l’affecter à des fonctions utiles – pour la chasse, la surveillance des troupeaux, le gardiennage… L’agriculture elle-même n’a pas été inventée d’un seul coup. Bien avant l’ensemencement systématique des champs avec des variétés sélectionnées, on connaissait le pouvoir germinatif des graines. Lorsqu’on ramassait des céréales sauvages, on en abandonnait sans doute volontairement une petite partie, dans l’espoir d’améliorer un peu le ramassage à la saison suivante : toutes les grandes inventions mettent beaucoup de temps à « germer ».

Propos recueillis par Fabien Gruhier

___________________________________

(6 janvier 2013)

L’œuvre de l’anthropologue Alain Testart est en train de prendre toute son ampleur – 17 ouvrages scientifiques à ce jour. Quelque peu dans l’ombre démesurée de Lévi-Strauss, dont on ne finit pas d’ériger la statue, publication après publication, il finit tout de même par imposer son empreinte d’anthropologue évolutionniste en montrant que le mot « évolution » ne doit plus être le tabou conceptuel qu’en ont fait les structuralistes.
Dans cet ouvrage, publié dans une des belles collections de Gallimard, l’auteur prend le temps de l’explication et de la démonstration. Il prend le temps aussi de poser les jalons méthodologiques qui lui permettent d’exposer clairement une démarche plus scientifique qu’intellectuelle, c’est-à-dire qui ne s’interdit aucune hypothèse et qui n’élabore pas à partir d’idées mais bien de faits, et de faits avant tout archéologiques et ethnologiques, voire ethno-historiques. Car Testart a ceci de particulièrement intéressant qu’il ne reste pas prisonnier de sa discipline : comme il est en quête de sens, il n’y a pas de limite prédéterminée à sa recherche.

Par Christophe Lemardelé (historien des religions)

___________________________________

février 2013

Lire l'article

Par Jean François DORTIER

___________________________________

Ecouter l'interview France Inter (décembre 2012) :

___________________________________

Ecouter l'interview France Culture (19/06/2013) :

 

haut de page

Textes et contenu rédactionnel : Alain Testart